Sustainability…

… C’est un peu le mot présent dans toutes les bouches ces derniers temps. La semaine dernière se tenait le Copenhagen Fashion Summit où tous les grands noms/acteurs de la mode, les PDG et les ONG se retrouvent pour parler éthique et développement durable. La même semaine, Cate Blanchett ouvrait le festival de Cannes dans une sublime robe Armani Privé déjà portée en 2014. Et samedi dernier, Kate Middleton, dans le même esprit, venait assister au mariage d’Harry & Meghan dans une tenue Alexander McQueen qu’elle portait pour la 4ème fois. Pour faire passer un message contre la surconsommation (d’autres aussi diront qu’elle a eu la délicatesse de s’effacer pour que l’on ne parle que de la mariée). Après comme dit la copine avec qui j’ai regardé le mariage royal (elle m’a beaucoup fait rire) : « C’est super, on est contents, mais pour le mariage de ton beau-frère, ça peut valoir quand même le coup de t’acheter une nouvelle robe! ».

Et la mode éthique (car ce n’est pas forcément synonyme) n’est pas non plus en reste, fin avril, la Fashion Revolution battait son plein avec des milliers d’évènements organisés à travers le monde. Cette année, c’était difficile d’y réchapper sur Instagram, tout le monde est devenu un « fashion révolutionnaire ». Après, c’est peut-être parce que je choisis qui je suis sur IG, mais quasiment tout le monde cette année promouvait Fashion Revolution, y compris ceux qui d’habitude ne me donnent pas particulièrement l’impression d’être passionnés par la cause (ou dont le modèle de business ne semble pas s’inscrire dans cette démarche). 5 ans après sa création, le mouvement a pris une telle ampleur qu’on a l’impression que ça y est, les consommateurs sont devenus responsables. Je veux dire, on vit à une époque où maintenant, même les princesses s’habillent avec ce qu’elles ont dans leur placard. Donc c’est gagné !

Oui mais non, en fait, peut-être pas. Les consciences s’éveillent, c’est certain. Le nombre de consommateurs exigeant plus de transparence augmente. Mais la semaine après Fash Rev, on a tous retrouvés nos bonnes habitudes consuméristes, et les marques continuaient d’essayer de nous vendre leurs produits. Car il ne faut pas se mentir, la fringue la plus « sustainable » (je ne trouve pas de bonne traduction en français, alors je garde le mot anglais que tout le monde comprendra) que l’on ait est celle qui est dans notre placard (si tant est qu’elle n’est pas en polyester…). Ou dans celui de nos copines. C’est la fringue qu’on a déjà produite. Dès que l’on achète, on consomme des ressources et on a un impact indéniable sur l’environnement.

La semaine dernière CO publiait un rapport édifiant qui allait dans ce sens : en 2016, on a consommé 104 milliards de vêtements. La palme revenant aux USA et leurs 17 milliards. Soit 52 vêtements / habitant / par an… en moyenne !!! (En France, on en est environ à 22/habitant/an) C’est à dire que certain(e)s seront à bien plus. Bien plus qu’un vêtement par semaine. Et c’est absolument aberrant. Dès lors les arguments tels que « il faut produire pas cher car le consommateur n’a pas les moyens » peut aller à la poubelle. Car personne n’a besoin d’un nouveau vêtement par semaine. Même si l’étude inclut les culottes et les chaussettes et qu’une chaussette = une fringue (ce qui n’est pas précisé…). La vérité, c’est qu’on pourrait facilement acheter 5 fois moins, pour 5 fois plus chers. On consomme 4 fois plus maintenant qu’il y a 20 ans [Extrait du site de Fashion Revolution, les chiffres peuvent varier un peu selon qui fait les estimations: « Not only has production moved mass-market but the way we consume clothing has changed a lot over the past 20-30 years too. We buy more clothes than we used to and spend less on them. A century ago, we spent more than half our money on food and clothes, today we spend less than a fifth. (The Atlantic, 2012). Yet as a society we purchase 400% more clothing today than we did just 20 years ago (Forbes, 2014). Today over 80 billion garments are produced each year (greenpeace). The average American buys 64 items of clothing a year. In the Uk alone 2.15 million tonnes of clothing and shoes are bought every year (University of Cambridge, 2006) yet Uk citizens have an estimated £30 billion worth of unused clothing sitting in their closets (WrAP, 2012)« ]. Est-ce que l’on était mal habillés pour autant avant?

La majeure partie de ceux qui liront cette article font probablement aussi leurs vêtements et ne se reconnaîtront pas dans cet article. Mais voici quand même quelques conseils / quelques questions à se poser pour ceux qui voudraient acheter moins mais mieux (vêtements ou tissus). Il m’aura fallu plusieurs années pour les suivre.

  • En ai-je besoin ? En réalité c’est une mauvaise question car on a rarement « besoin » d’un vêtement. Tant qu’on a quelque chose à se mettre sur le dos, en théorie, on n’a besoin de rien. Mais il ne faut pas exagérer non plus, choisir son look et s’habiller bien avec des vêtements qu’on aime pour se sentir bien font partie des petits plaisirs de la vie. En revanche, c’est évident que si on a déjà 20 tshirts et 2 shorts il va peut-être falloir plus investir au niveau des shorts. J’espère vous parler bientôt du défi « Me Made May » de So, Zo. J’ai commencé sans trop de conviction, et en fait j’en retire énormément d’enseignement sur la façon dont je m’habille. Regarder avec du recul les photos de tous nos looks nous apprend beaucoup sur ce que l’on aime vraiment, et ce qui nous manque dans le placard.
  • En quoi c’est fait ? Ici on n’achète plus que des matières naturelles (coton, lin/chanvre, laine, soie etc.). Le polyester et ses équivalents sont devenus materia non grata à la maison. C’est très désagréable à porter (surtout en été) et c’est un désastre écologique. A chaque lavage, des milliers de micro particules de plastique partent dans la nature. Après évidemment, le coton et ses pesticides peuvent faire bien fort aussi, d’où l’intérêt d’aller plus vers le GOTS, quand on peut. En ce moment, je ne couds quasiment que du tissu GOTS fabriqué en France Amandine Cha et ça nous convient bien 🙂
  • Comment c’est fait ? Alors ça c’est la grande question… Car ce n’est vraiment pas facile de remonter toute la vie d’un vêtement (sauf si on le fait soi-même! Mais il reste toujours le tissu…). L’idée générale, c’est de se renseigner autant que possible sur les marques qui font un réel travail au niveau de leurs employés / leurs sous-traitants. Ou celle dont la production est garantie française par exemple. C’est ça toute la beauté d’acheter moins, on peut prendre le temps d’acheter mieux! Après, le fait d’être connu comme étant une marque éthique ne garantit pas forcément qu’on le soit, en atteste un récent scandale en Nouvelle-Zélande. Je pense quand même que si on achète nos fringues bébés chez le tout nouveau Atelier Mélilot de So & Mélo (c’est trop beau!), ou nos jeans chez 1083 on ne prend pas trop de risques de tomber sur un vêtement cousu en sweatshop 🙂 J’essaierai à l’occasion d’écrire un post sur le peu de marques chez qui on achète (accessoires, pulls etc.).
  • Avec quoi ça irait que j’ai déjà ? Super important, et j’ai mis très longtemps à le comprendre… C’est parce qu’on ne le fait pas qu’on a le syndrome du placard vide même quand il déborde. La règle, c’est d’imaginer environ 2-3 tenues avec ce qu’on veut acheter, et ce qu’on a déjà. Et encore mieux. Ne jamais acheter du premier coup. Attendre une semaine et revenir. Si le vêtement ne va avec rien qu’on a déjà, il y a de grandes chances pour que ce soit un effet de mode. On a vu du jaune partout cette saison, donc on achète du jaune, sauf qu’en fait il n’y en avait pas dans notre placard, et il ne va avec rien, et c’est parce que le jaune on en met jamais et ça nous va pas.

Et petit sondage par curiosité, en moyenne vous, vous diriez que vous achetez (cousez) combien de nouveaux vêtements par an? Il faudrait que je fasse les calculs mais on doit pas en être à beaucoup ici.

Très bonne semaine à tous et à tout bientôt! ❤

xx

PS : Les robes de Meghan vous en avez pensé quoi alors? 😀 Vous avez préféré la Givenchy ou la McCartney (ou la McQueen que Kate avait pour son mariage)?

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Slave to Fashion giveway :)

[English translation below 🙂 ]

La Fashion Revolution Week a commencé et devrait se prolonger jusqu’à dimanche 🙂 Le but est toujours le même, faire pression sur les marques en tant que consommateur pour exiger plus de transparence après l’effondrement de l’usine textile Rana Plaza au Bangladesh qui a fait plus de mille morts. Malheureusement encore de nos jours et plus que jamais les vêtements sont faits dans des conditions déplorables, se rapprochant de l’esclavagisme. En façade tout va bien dans le meilleur des mondes, mais souvent les sous-traitants peu regardants vont eux-mêmes sous-traiter la production et le pantalon ou le bracelet sera en fait fait dans une cave, par un enfant. Et ça me révolte profondément.

C’est pour ça que quand Safia Minney, une des pionnières de la mode éthique (qui a créé People Tree et que je vous avais déjà présenté dans l’article sur « The True Cost« ) a lancé sa campagne de Crowdfounding pour écrire son livre « Slave to Fashion » et tenter d’éradiquer l’esclavagisme des temps modernes, je n’ai pas longtemps hésité. Le livre regorge d’informations et de pistes sur comment on peut agir et consommer plus éthique. Et devinez quoi? L’un des chapitres est intitulé « Be Passionate about Fabrics ». Et je pense que la plupart de mes lectrices n’auront aucun mal à respecter cette règle 😉 C’est aussi dans ce livre que j’ai découvert The Offset Warehouse, une boutique de vente en ligne de tissus éthiques et durables fondée par Charlie Ross.

Cette semaine, on vous propose donc de gagner une copie du livre « Slave to Fashion » dédicacé par Safia et 30GBP (environs 35euros) de bon d’achat pour découvrir The Offset Warehouse que vous devriez adorer en tant que passionnées de tissus ❤ !! Pour jouer c’est tout simple, soit sur mon instagram (@uneanneedecouture), vous repostez la photo avec le hashtag #uacforafairfashion et @uneanneedecouture. Ou, si vous n’avez pas IG, laissez un petit commentaire en dessous 😛 Vous avez jusqu’à dimanche minuit pour jouer, et on annoncera le gagnant choisi au hasard lundi. Le concours est ouvert à tout le monde, dans le monde entier 🙂 ❤ ❤

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Zoom sur: Gypsied et l’artisanat textile asiatique

GYPSIED 5Aujourd’hui, en tant qu’amoureuse folle de beaux tissus et fervente défenseur des droits des travailleurs textiles, je suis trop trop heureuse de vous présenter Gypsied!! Gypsied est une jeune marque basée à Singapour dont le but est de perpétuer le riche savoir ancestral des artisans du textile asiatiques. Gypsied propose des accessoires absolument uniques, faits en sublimissimes tissus édités en très très petite quantité (1 voire 2m!). Les tissus sont faits main par des artisans asiatiques, et les accessoires cousus avec amour par Aqilah, la fondatrice passionnée de Gypsied. Gypsied c’est en quelques sortes de l’ultra slow-fashion 🙂 ❤

Today, as a beautiful fabrics lover, and an ethical fashion advocate, I am thrilled to introduce Gypsied!! Gypsied is a young brand based in Singapore whose aim is to keep the asian textile traditions alive. Gypsied offers unique accessories, made from gorgeous fabrics that are edited in very very small quantities (maybe 1, or 2meters maximum!). The fabrics are all hand-weaved / printed by talented asian craftsmen, and the accessories are then sewn by hand with love by Aqilah, Gypsied’s passionate founder. Gypsied it is in some ways a label of ultra slow-fashion 🙂 ❤  

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Entretien avec Christina Dean, fondatrice de Redress

Mardi, c’était la journée des femmes, pour l’occasion je vous propose d’en découvrir un peu plus sur une femme engagée qui fait un boulot extraordinaire pour changer l’industrie de la mode et du textile. Petit entretien avec Christina Dean, fondatrice de l’ONG Redress. Christina Dean est devenue particulièrement médiatisée après le défi « 365 jours de vêtements d’occasion » dont nous avions parlé il y a quelques mois. Tous les liens cités sont donnés à la toute fin de l’article.

L’entretien était mené en anglais, mais je vous propose de trouver la version française juste en dessous, un peu plus loin 🙂

Last Tuesday was women’s day and I had the chance to meet with Christina Dean for this occasion. Interview with this very commited woman who founded NGO Redress, an NGO promoting a more sustainable fashion through waste reduction. Christina got particularly mediatised after the « 365 days of secondhand challenge » that we talked about a few months ago in this blog. All the links to the brands/NGO mentionned in the interview are given at the end of this post.

 

Hi Christina, can you tell us a bit more about you and what made you create Redress?

I used to be just a “normal” person, just living. Without a strong passion towards my career. I was a practicing dentist in London. I was young you know, just starting on a new career, and when you are so young you do not know what your career is going to hold for you. But basically I didn’t really enjoy dentistry. So I re-trained as a journalist, and when I moved to Hong Kong, I worked there for a couple of years as a journalist, for many magazines, such as parenting magazines, or SCMP. I wrote about anything, health, travel, environment, best job ever, exploring the world. And in terms of exploring the world I landed upon the issues of China, and not just China, Asia I should say. Having come from Europe (UK), I was brought up in a very healthy environment and I never really have had to question how difficult it would be to live in a place that is not so healthy. So as a journalist I started to investigate about our wastes or how little was done to address it, and I was horrified by what I saw. I needed to do something, I started Redress. Although Redress has a bit of a different history, but that is essentially how it began. The purpose of Redress is to try and reduce wastes in the fashion industry. We try to promote sustainability in the fashion industry through waste reduction, it is particularly important in Asia, as they produce the clothes for the world (specifically China), but not just that, the economy is changing a lot in Asia too, and it is becoming a large consumer market.

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