Detox My Fashion

Tout arrive un peu en décalage à Hong Kong, mais j’ai enfin pu me procurer le dernier Newsweek qui traite dans un dossier de plusieurs pages de la « Toxic Fashion ».

L’article parle d’une province en Inde, autrefois agricole, qui a connu un boom industriel incroyable il y a 20 ans, quand les investisseurs étrangers ont décidé d’y implanter de nombreuses usines textiles, principalement des teintureries, avec les conséquences désastreuses que ça a eu sur l’environnement. Les teintureries ont besoin de beaucoup d’eau pour fonctionner, et en rejettent tout autant, dans les rivières, après l’avoir souillée avec des produits chimiques et autres métaux lourds. Non on ne teint plus les textiles avec du thé, du curcuma, du chou rouge ou des cochenilles écrabouillées…

Outre les 400 tonnes de poissons morts qu’ils ont retrouvés au fond de la rivière quand ils ont drainé le barrage, l’article parle des petits fermiers, qui autrefois, pouvaient vivre de leur production, mais qui, à présent, sont obligés de compter sur l’eau de pluie, pour espérer irriguer leurs cultures, sans les tuer. L’article mentionne aussi l’opacité en matière de sous-traitance, de contrôles du respect des règles environnementales en Inde, la corruption qui y est associée, la difficulté de faire appliquer la loi (avec des ateliers mobiles illégaux de teinture textile) et plus globalement comment les pays occidentaux (les USA en ligne de mire) ont pollué les pays en voie de développement. On sait bien le désastre environnemental que ça crée, mais ça va, c’est pas chez nous… L’article est long, complet, argumenté même si parfois il faut s’accrocher avec l’anglais ou les noms indiens, mais somme toute très intéressant. Il a aussi le mérite de soulever un autre problème lié au secteur du textile que celui des sweatshops, celui de la toxicité des produits utilisés et du traitement des eaux usées.

Quand on parle de toxicité, il ne s’agit pas que de toxicité pour l’environnement. Les cochonneries utilisées pour traiter les tissus se retrouvent aussi dans le tissus, au contact de notre peau, et pire encore, au contact de la peau de nos enfants adorés. Pour le dernier nouvel-an chinois, j’avais voulu habiller ma fille avec une petite tenue chinoise rouge et dorée traditionnelle que l’on m’avait donné. Ma fille avait alors environs 2-3 mois. Comme il faisait un peu froid, je l’avais mis par dessus un petit body col roulé. A la fin de la journée (ma fille n’avait que transpiré ou bavouillé un peu sur son costume de fête), le body était rose. Je me rappelle que ça m’avait vraiment choquée, et je m’étais alors interrogée sur ce qu’ils pouvaient mettre dans leurs teintures, destinées à des tissus utilisés pour les bébés.

Et le pire, c’est qu’encore là, à la vue des finitions déplorables, je savais que le costume avait probablement été acheté sur un marché et mal fait dans une usine à la va-vite en plusieurs millions d’exemplaires, donc mes attentes étaient très limitées. Mais Greenpeace a mené récemment une étude indépendante qui montre que même dans les marques de luxe (Louis Vuitton, baby Dior etc.), on retrouve de nombreux composants néfastes de type perturbateurs endocriniens et autres. Vous pouvez lire l’étude dans son intégralité sur leur site. Pareil, comme on peut s’en douter, sur les marques de Fast Fashion comme Gap, C&A, American Apparel, Primark, vous pouvez aussi retrouver cette étude dans son intégralité sur leur site.

Heureusement, principalement grâce à la campagne « Detox Catwalk » de Greenpeace, beaucoup de marques se réveillent et essaient de mettre en place plus de contrôles, de procédures pour assurer plus de transparence sur leur chaine de production, et tendre vers le « zero chemical hazardous waste ».

Vous pouvez retrouver le classement des marques les plus impliquées, ainsi que celui des marques les moins impliquées (ou qui refusent d’en entendre parler) sur le site de Greenpeace en cliquant ici. Ce qui est surprenant c’est qu’on notera que ce sont certaines marques qui ne sont pas réputées pour leur respect du droit des travailleurs, qui se classent parmi les « detox leaders » comme H&M ou Primark. De la même manière que l’on retrouve beaucoup de marques de luxe, comme Armani ou D&G, dans le peloton de queue, les « detox losers ».

Dans le peloton de tête on retrouve sinon à nouveau « Esprit« , Esprit qui fait preuve de beaucoup d’initiative en matière environnementale comme ils ont aussi reçu pour plusieurs de leurs collections le label « R Cert » de Redress qui garantit l’utilisation de 20% de textile recyclés, de la transparence dans la chaine de production, ainsi que des méthodes de production respectueuses de l’environnement.

Alors quoi faire à votre niveau? Vous informer bien sûr, pour ça vous pouvez vous aller faire un tour sur le site de Greenpeace, et regarder la vidéo ci-dessous.

Et si vous recherchez des marques qui ne sont pas dangereuses pour votre peau ou celle de votre bébé, vous pouvez aller faire un tour sur le site de l’organisme Oeko-Tex ® qui teste les textiles. On rappelle que Petit-Bateau, que l’on adore tellement, a la certification Oeko-Tex standard 100 😉

Pour les couturière, ce n’est pas forcément facile de savoir quels sont les meilleurs tissus. En effet, ce n’est pas parce que le tissus est en coton biologique par exemple qu’il a été teint dans le respect de l’environnement.. Mais l’article sur le label GOTS devrait pouvoir vous apporter un début de réponse.

En tous les cas, grâce aux ONG, le changement semble vraiment en marche, et c’est sur cette note plus positive que je vous souhaite une très belle semaine! 😉 🙂

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5 commentaires sur « Detox My Fashion »

  • Suis sûre qu’à terme on va revenir à un conso socio-écolo friendly plus responsable (et pas que dans le domaine textile d’ailleurs)! En tous cas ça fait réfléchir sur la justification du niveau de prix de certaines marques qui font produire dans des conditions honteuses…
    Et tu fais bien de rappeler qu’il existe quand même des supers marques françaises. 23 ans et j’adore toujours autant Petit Bateau 🙂

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    • 😉 Bon ils fabriquent en Chine aussi mais ce doit etre de tres bonnes usines, car j’etudiais le haut a passepoil de Vivi l’autre jour et il est parfaitement realise!

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  • Quel article engagé et bien documenté !
    Alors maintenant, plus de déguisement cheap pour vivi ! 🙂
    C’est tellement dur de s’y retrouver que plus rien ne sort de boutique de mon côté, j’entame une campagne de recyclage d’anciens vêtements…

    En tout cas, un très grand et sincère bravo pour la qualité de tes articles et de tes réalisations (t’as même maintenu le cap pour le bermuda de mister !!! Wahou….!) je viens de faire un tour de ton blog, mais pas encore fini tellement tu es prolifique 😀

    Continue continue! ❤

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